LEA mon Amour
Notre vie est totalement bouleversée. Alors que nous devrions écouter notre corps, alors que nous devrions nous écrouler, nous sommes habités d’une énergie qui nous porte, une énergie, un courage et une volonté que nous ne pouvons que t’attribuer, ma chérie.
Non, nous ne baisserons pas les bras, nous nous battons tous les jours pour toi, pour ta mémoire, pour ta sœur anéantie, qui t’écrit des petits mots, qui affiche des photos de toi dans sa
chambre. Des photos de toi, quand tu n’étais qu’une petite fille, toi qui, lorsque tu t‘éloignais, restais toujours à portée de notre regard. Pour nous, parents pour conserver notre rôle, pour
continuer notre devoir, se rendre sur ta tombe, la fleurir, te parler dans ta chambre, t’évoquer avec amour auprès de tes amis : cela n’est pas suffisant. Il faut que les responsables réalisent
et reconnaissent ce qu’ils ont fait. Il ne faut pas jouer sur les mots, sur les mots trop faciles tels "qu’accident et destin".
Ce n’était pas ton destin, ce n’était pas écrit, cela n’aurait jamais du se produire tout simplement parce que je le répète tout cela est le fruit de négligences pathétiques d’un organisme
bancal, et d’un encadrement des enfants absolument révoltant.
Voici le programme tel qu’on nous l’a vendu :
On a sciemment abusé de la crédulité d’adolescents certainement trop bien élevés, trop respectueux des adultes. Manifestement ils étaient conscients du danger "tous ensemble dans la même
galère" comme ils nous l’ont révélé mais jamais ils n’auraient pensé que le drame les attendait sur le chemin.
Comme il est facile et cruel de manipuler les enfants en leur faisant croire qu’ils sont exigeants alors qu’ils réclamaient tout simplement les prestations de base du voyage (dormir en sécurité,
un repas équilibré) : voyage d’ailleurs qui leur a été offert par leurs parents et déjà payé à Cousins d’Amérique.
Exigeants ces enfants ne l’étaient sûrement pas assez.
Comme je regrette aujourd’hui que Léa n’ait pas été assez armée contre les individus qui l’on prise en charge. A-t-elle ouvert les yeux, a-t-elle pris conscience du danger lorsqu’il fallait
chanter à tue-tête pour tenir les animateurs-chauffeurs éveillés au volant. Pourquoi n’a-t-elle pas compris lorsque déjà une première fois lors d’un freinage brutal elle s’est ouvert la lèvre
?
Pourquoi ne nous a-t-elle pas dit "c’est du n’importe quoi, nous sommes trimbalés d’un point A à un point B sans la moindre considération pour nous, les animateurs n’en ayant déjà pas entre eux".
On tente de les culpabiliser pour justifier des défaillances graves au niveau de l’organisation : "si vous voulez faire de l’équitation, faire les boutiques à Las Vegas, il faudra économiser
une nuit de camping", bref dormir dehors ou à la belle étoile selon les termes de Cousins d’Amérique ou de Cousins Travel nouvelle dénomination sociale mais qui ne change rien à la
situation. "Nous n'avons pas le budget suffisant, nous demandons à Cousins d'Amérique de nous octoyer un supplément de budget !!!"
"Faites l’avance d’argent les enfants, nous vous rembourserons vos repas ultérieurement à hauteur de 6 $". Comme ce système est pratique ! Où est-il mentionné sur la brochure que les
enfants aient à subir des restrictions de budget concernant la nourriture ? Où est-il spécifié qu’ils aient à faire l’avance d’argent ? Et si l’enfant n’avait pas d’argent de poche, comment se
serait-il débrouillé ? Etait-il obligatoire d’avoir de l’argent de poche ?
Vous avouerez que cette manière de fonctionner est très pratique. L’enfant avance l ‘argent et mange à sa faim, pour 6 $ ou plus. S’il est rassasié ce n‘est sûrement pas grâce à Cousins
d’Amérique (Cousins Travel). L’enfant n’y voit rien de mal, et n’en informe même pas ses parents qui restent dans l‘ignorance. D’ailleurs, les animateurs tremblaient à l’idée que les enfants
laissent filtrer une mauvaise impression auprès de leurs parents, mais les enfants ne voulaient pas décevoir leur famille, ils étaient si reconnaissants du cadeau qui leur était fait, conscients
de l’effort financier que cela représentait. Certains luttaient contre le sommeil afin de profiter du paysage qui défilait à travers les vitres du
van.
A 17 ans on n’est pas exigeant, on prend uniquement le meilleur. Et ce qu’ils ont accepté durant ce voyage, aucun adulte ne l’aurait consenti.
Aussi selon moi, si le séjour n'a pas respecté la brochure ci-dessus ce n’est par hasard. En effet on atterrit à LOS ANGELES où les enfants sont sensés découvrir la ville : Los Angeles,
ville mythique qui fait rêver, qui bien souvent motive le choix de la destination lorsque le CE émet les brochures. Hollywood, Sunset boulevard, Beverly Hills autant de lieux célèbres qui font
rêver lorsque l’on a 17 ans. On atterrit donc à LOS ANGELES en fin de soirée, on y reste une nuit (si on peut appeler cela une nuit) car des valises ont été égarées obligeant à attendre des
heures supplémentaires sans dormir.. Le lendemain, on va à la plage, et voilà que l’on repart vers 19 H 00 pour rouler environ 20 heures avec en plus la fatigue des 9 heures de décalage horaire.
Pourquoi ? Pourquoi ne pas rester dans la ville qui est pourtant la ville de départ du séjour, pourquoi partir au détriment de la sécurité de tous. Prendre la route pour autant d’heures était
déjà de l’inconscience, déjà le programme de la brochure n’était pas respecté, déjà la confiance des parents était abusée. Le danger du à la fatigue était déjà omniprésent.
On prend la route de nuit, on roule, on roule des heures interminables avec le décalage horaire que le corps n’a pas encore eu le temps d’assumer, dans un pays étranger, une route inconnue, un
véhicule non familier. Les enfants dorment sur les sièges du van, entourés de leurs bagages, des tentes, un voyage de routards me dirait vous, non je dirais plutôt un voyage commercial, où
l’argent est le maître mot, où tout est fait pour en gagner un maximum.
Et nous verrons bien que la sécurité à été sacrifiée sur l’hôtel de l’argent.
Pourquoi la brochure pourtant si attractive n’est elle pas respectée ?
A mon humble avis, on garde le meilleur pour la fin. Les enfants campent tout au long du séjour, traversent le désert pour lequel ils ont un intérêt moindre d’autant plus qu’ils dorment durant
les trajets et profitent donc très peu du paysage. Ils sont relativement déçus, on le sent bien dans leur discours, le côté positif c’est d’être ensemble. D’ailleurs, ils déclarent être très
souvent livrés à eux-mêmes à attendre sur des aires de repos, sur le bas côté de la route que les chauffeurs-animateurs récupèrent quelques heures. On passe tout de même par LAS VEGAS, où enfin
on peut dormir dans un lit ! On s’éclate, on consomme, on dort très peu ou pas du tout, et on traverse la Vallée de la Mort. Quand on a de la chance, on arrive à Glacier Point. Et après encore de
longues heures de route on revient sur nos pas à LOS ANGELES. Là, le rêve américain se réalise. On marche sur les étoiles des célébrités, on passe devant les portails clos des villas gigantesques
et somptueuses des milliardaires de l’industrie du cinéma, bref on joue les touristes comme des millions de jeunes français avant eux. Pour les fans de cinéma, une journée est prévue à UNIVERSAL
STUDIOS.
Alors on repart des rêves plein la tête, et on reste sur une impression fabuleuse qui vous fait oublier combien le début fut chaotique. Mais le hasard de la vie a fait que dès le premier jour à
l’aéroport les enfants ont choisi un van, ainsi que leur place et qu’ils n’ont rien changé durant les 10 premiers jours du voyage. Mais cela devait changer, car les animateurs souhaitaient que
les mêmes enfants ne restent pas ensemble durant tout le séjour même s’ils avaient des affinités personnelles. Ils devaient changer de place, changer de van, Léa et Orane auraient pu ne pas être
les victimes, d’où la réaction épidermique de parents qui savent être passés à côté du drame, que leur enfant aurait pu être à place de nos enfants, qu’on aurait pu les appeler à 3 h 00 du matin
pour leur annoncer le pire, l’inadmissible.
Léa idéalisait la Californie. Malheureusement c’est juste après avoir passé la frontière du Névada, après quelques kilomètres sur le territoire californien que sa vie s’est arrêtée, dans une zone
déserte et aride, loin de la ville et de ses lumières, loin des hôpitaux, loin des secours, dans une zone sans possibilité de communication, une zone en dehors du temps.
Essayez d’imaginer un groupe d’enfants livrés à eux-mêmes avec le spectacle désolant de leur amie recouverte d’une couverture de survie, ainsi que des autres blessés. Les portables ne captent
pas, les animateurs sont hystériques. Et on attend après l’évacuation des blessés, on attend longtemps, et puis on part en laissant derrière soit le corps sans vie de Léa. Léa restée seule avec
la police américaine, tous ses amis repartis avec les deux animateurs-chauffeurs valides mais choqués, dans les deux vans restant.
Il est très difficile d’accepter pour des parents que leur enfant, même mort soit restée sur le bord de la route dans un pays étranger, loin de sa famille et que personne ne soit resté pour
vérifier que malgré tout, elle soit bien traitée. Je pense que ce fut le cas car les policiers et le coronaire sur les lieux ont été particulièrement émus et ont fait un travail remarquable. Mais
je ne peux m’empêcher de penser à l’abandon..
Je ne peux m’empêcher de penser à Orane à son combat pour la vie, quel sentiment a-t-elle eu ?
Léa et Orane deux jeunes filles actives, pleines de vie, qui ont démontré durant tout le séjour combien elles étaient autonomes, efficaces, toujours partantes, toujours souriantes.
D’ailleurs la conductrice du van alors qu’elle était hospitalisée après l’accident n’a pas tari d’éloges sur Léa en tenant la main d’Agnès, ma belle-sœur qui s’était rendu à son chevet pour
obtenir des informations. Mais en vérité ce sont les enfants qui nous ont dit que Léa et Nassera n’avaient aucune affinité car Léaredoutait les sautes d’humeurs récurrentes de son chauffeur et
s'en tenait donc éloignéé.
Le séjour s'est en fait déroulé ainsi :
12 aout : Arrivée, nuit en motel après une longue attente des valises égarées et non
retrouvées + attente pour location des vans.
13 aout : Plage Venise Beach ainsi que temps libre pour le shopping. Départ vers 19 h 00
(nuit dans les minibus)
14 aout : Arrivée fin après-midi au camping (nuit camping)
15 aout : Balade en voiture dans Monument Valley (nuit camping)
16 aout : Balade à Cheval le matin puis route vers le Lake Powell. Une fois arrivés, baignade
dans le Lake Powell. (nuit camping)
17 aout : Route vers Grand Canyon (nuit camping)
18 aout : Promenade dans le Grand Canyon. (nuit camping)
19 aout : Route vers Las Vegas, (ont emprunté un bout de la route 66), arrivée au motel
fin après midi. Casino le soir. (nuit motel)
20 aout : Boutiques toute la journée, le soir dîner à 23h puis temps libre jusqu’à 3h du matin
(aucune boutique n'est ouverte à part les casinos qui sont interdits aux mineurs) donc
rien à faire. (nuit motel)
21 aout : A leur demande, les jeunes font une journée de plus à Las Vegas car ils n'avaient
rien pu faire de ce qu’ils voulaient faire la veille. Ils ont donc pu aller au M&M's store,
Hard Rock Café, faire les boutiques... Mais toujours pas d'attractions, que d'autres
touristes rencontrés à Las Vegas et voyageant avec Cousins d'Amérique ont fait
(même programme qu’eux).
Restaurant le soir dans casino, puis départ en van vers minuit. (Nuit à la belle
étoile ou dans les minibus près d'une station service, nuit blanche liée à l'arrosage
automatique et au manque de confort des lieux).
22 aout : Accident dans Death Valley