LEA mon Amour
Noël sans notre enfant fut un enfer.
Nous ne pouvions pas rester seuls, ne rien faire, car Manuéla avait besoin de fêter Noël. Elle n’a que 11 ans on ne peut la priver de son enfance, elle a déjà tant perdu.
Le 24 au soir nous étions chez Minh et Agnès. Manuéla a été outrageusement gâtée, c’est le travers dans lequel il ne faudra pas sombrer dans l’avenir. Elle semblait gaie en ouvrant ses
cadeaux, elle souhaitait nous donner l’image du bonheur. Soudain les larmes ont coulé discrètement sur son visage, elle a tenté de les dissimuler, nous l’avons prise dans nos bras pour pleurer
avec elle car nous voulions pleurer l’absence de Léa.
Le jour de Noël, ma mère, mon frère et sa famille sont venus à la maison passer la soirée avec nous. Nous avons échangé les présents destinés aux enfants, et nous avons parlé de ce drame
insupportable pendant que Manuéla et Anaïs jouaient à l’étage.
Nous avons fait brûler une bougie offerte par une patiente de Mihn, cette petite flamme était symbolique.
Gilles n’a pas pu assumer une soirée de plus à s'attarder à table, très tôt, il nous a demandé de bien vouloir l’excuser. Ma famille nous a quittés vers
1 h 00.
Restées seules Manuéla et moi rangions un peu la maison, en échangeant des idées de perspectives d’avenir. Nous avons parlé de Léa, de ce que nous aurions aimé lui offrir, de son absence cruelle
en ces périodes de fête. Manuéla s’est excusée de s’être bien amusée avec sa cousine. J’ai du la rassurer longuement, lui dire que ses réactions sont très saines bien au contraire, qu’elle est
vivante, qu’elle doit vivre, qu'il n’y a rien de mal à oublier un peu, qu’elle ne doit pas culpabiliser, Léa ne l’aurait pas voulu. Léa voulait son bonheur.
La vie de Manuéla sera, je pense, rythmée de moments de bonheur entrecoupés de tristes pensées, mais nous ne pouvons rien changer à cela, une petite sœur ne peut sortir indemne d’une perte si
brutale et si injuste malgré toute l'aide psychologique qu'elle peut avoir.
Manuéla ouvre une papillote et lit silencieusement le petit message que l’on trouve souvent à l’intérieur. Soudain elle s’écrie : " regarde maman c’est la vie de
Léa !"
Je lis le petit papier qu’elle me tend :
La vie ressemble à un conte,
ce qui importe ce n’est pas sa longueur
mais sa valeur.
Sénèque
Une chaleur diffuse s’est répandue en moi, alors j’y ai vu un premier signe, un signe de Léa qui par le biais de sa sœur me parlait encore.
J’ai pris ma fille contre moi, nous sommes restées longuement dans les bras l’une de l’autre.
Je ne sais pas comment nous allons affronter l’avenir, nous avons besoin de croire que Léa est encore près de nous. Nous nous accrochons à tout, tout ce qui pourrait nous donner un brin
d’espoir.
J’ai rejoint mon mari, il ne dormait pas malgré l’heure tardive. Je lui ai parlé du message et de notre interprétation. Ses yeux se sont emplis de larmes… Je souffre de le voir
souffrir.
Manuéla m’a demandé de rester avec elle, j’ai cédé, j’ai dormi dans son lit, je lui ai fait promettre de ne pas prendre l’habitude mais j’étais heureuse d’être près d’elle. Nous avons encore un
peu papoté, parlé de sa nouvelle vie de collégienne de 11 ans.
La vie continue malgré tout.
Le 26 je me suis levée plus déterminée que jamais.
Sur ma messagerie le billet électronique de la compagnie aérienne m’attendait. Nous allons bientôt partir sur les traces de notre enfant, découvrir ce pays qu’elle adorait mais que nous ne
connaissons pas. Suivre le même itinéraire que notre enfant, marcher sur ses traces, voir ce qu’elle a vu, mettre une plaque sur le lieu de l’accident,
poursuivre notre démarche, chercher à comprendre…

Avril 2009, dans le désert marocain
Léa à gauche en pyjama qui admire un levé de soleil. Elle venait d'avoir 17 ans.